RAP02724
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RAPPORT DE SONDAGE : sur un tracé possible de la voie antique de Carhaix au
Yaudet en Ploulec’h (Côtes-d’Armor)
Autorisation : N° 2010-261
Responsable : Jean-Yves EVEILLARD
Centre de Recherche Bretonne et Celtique, UBO,
Brest
Décembre 2011
Programme 2006 : 27-2006 27 Le réseau des communications :
voies terrestres et voies d’eau
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I- MOTIF DE L’INTERVENTION
Depuis les premières recherches au XIX
e
et au début du XX
e
siècle il était admis
qu’une voie Carhaix-Le Yaudet traversait les communes de Plounévez-Moëdec, Vieux-
Marché, Ploubezre et Lannion avant de gagner Le Yaudet en Ploulec’h
1
. Mais les mêmes
auteurs reconnaissaient qu’à partir du lieu-dit Pavez-Dir en Plounévez-Moëdec le traétait
difficile à retrouver. J.Gaultier du Mottay écrit : « Les restes de la voie sont plus rares et plus
difficiles à découvrir », et plus loin : « Mais à partir de ce point (c’est-à-dire Pavez-Dir) c’est
vainement qu’on cherchera d’autres débris »
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. Un demi-siècle plus tard A.-L.Harmois lui
emboîte le pas : « à partir de Pavez-Dir la voie disparaît sous les cultures et sous un chemin
vicinal dont la direction est restée très irrégulière, se dirigeant vers Vieux-Marché. »
3
.
Beaucoup plus récemment, A.Stéphany, dans un mémoire sur les itinéraires antiques dans
cette partie de la Bretagne
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, pense avoir suivi cette voie jusqu’à Kerelem en Vieux- Marché,
mais après Kerelem, il ajoute : « malgré d’actives recherches sur le terrain aucun indice
n’assure la continuation de cette voie »
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. Et à la suite il émet l’hypothèse que cette disparition
pourrait s’expliquer par la nature marécageuse du terrain au sud de Vieux-Marché.
Face à ces incertitudes, M.François Sallou de l’ARSSAT (Association pour la
Recherche et la Sauvegarde des Sites Archéologiques du Trégor) propose à partir de Pavez-
Dir, point s’interrompt un tracé que l’on peut considérer comme assuré, un tra
totalement différent et plus occidental traversant la commune de Plouaret, puis celle de
Ploumilliau, pour atteindre directement Le Yaudet, sans passer par Lannion. Le passage par
Lannion semblait justifié notamment par l’existence d’une agglomération secondaire au fond
de la ria du Léguer, existence qui paraît aujourd’hui improbable.
Les sondages que nous avons effectués avaient pour but de tenter de retrouver
d’éventuels vestiges d’une chaussée antique, afin d’ajouter une preuve archéologique aux
autres indices (topographiques, toponymiques, etc.) et de vérifier cette nouvelle option pour le
tracé de la voie Carhaix-Le Yaudet dans la dernière partie de son parcours.
II- LOCALISATION
L’emplacement qui a été choisi pour les sondages est un tronçon de chemin abandonné
(chemin communal N°3) et envahi par les broussailles, long de 150m, à l’ouest du lieu-dit
Guern-Hir en Plounévez-Moëdec.
Coordonnées Lambert : x = 171573 y = 1173,57 (Lambert Zone1)
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Voir F.-M.HABASQUE, Notions historiques, géographiques, statistiques et agronomiques sur le littoral du
département des Côtes-du-Nord, Guingamp, 1836, t.III, supplément, p.52, note 2 ; J.GAULTIER DU MOTTAY,
Recherches sur les voies romaines du département des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc, 1869, p.15 ; A.-
L.HARMOIS, Inventaires et découvertes, Bul. de la Soc. d’Em.des C.du.N., t.L., 1912,p.241.
2
J.GAULTIER DU MOTTAY, op.cit., p.15.
3
A.-L.HARMOIS, op.cit. , p.241.
4
A.STEPHANY, Recherche des itinéraires antiques dans le triangle Carhaix-Lannion-Morlaix, Mémoire de
maîtrise (dir.J.-Y.Eveillard), UBO, Brest, 1998.
5
A.STEPHANY, op.cit. p.25.
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Fig. 2 : Vue du cadastre actuel Plounevez-Moëdec feuille C3
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Fig. 3 : Cadastre napoléonien - en clair Plouaret 1835 - en foncé Plounévez-Moëdec 1834
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III- IMPLANTATION ET CONDUITE DES SONDAGES
Quatre sondages ont été réalisés les 19 et 20 décembre 2011. Ont participé :
Jean-Yves EVEILLARD, maître de conférence d’histoire ancienne à l’UBO, Brest
(E.R.), agissant pour le compte de l’ARSSAT
Bernard ACLOQUE,
Claude BERGER,
François SALLOU,
Jacques SECHER,
Jean-Louis JUBIN,
Photo 1: Voie ancienne à Guern Hir, emplacement du premier sondage, vue vers l'est (sens montant)
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1) Sondage n°1 : tranchée d’une largeur de 1,20m sur 7m, correspondant à la largeur
du chemin entre les deux talus bordiers. Sous une faible couche d’humus le granite affleure en
deux endroits, usé par la circulation. Seule la partie centrale entre les deux affleurements a été
empierrée avec des cailloux roulés de quartz sur une largeur de 1,10m. Pas d’ornière visible
(photos 2 et 3).
Photo 2: Premier sondage après retrait couche d'humus, vue nord-sud
Photo 3: Premier sondage après retrait couche d'humus, vue sud-nord
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2) Sondage n°2 : implanté 30m plus loin en direction de l’ouest, à l’amorce d’une
pente. Le but est d’explorer une banquette haute de 0,80m environ qui borde le chemin sur
son côté droit sur une longueur de 10 m environ. Dimensions du sondage : Longueur :
2,40m ; largeur : 1,10m. Sous une épaisse couche d’humus on atteint la roche granitique
(dénivellation par rapport à la surface du chemin : 0,40m) (photo 4). Les traces d’arrachement
côté chemin sont très nettes, mais pas de traces d’outils visibles. La conclusion est que ce
pointement rocheux a été entamé sur toute sa longueur afin de permettre le passage des
véhicules sans modifier la direction du chemin. Lépoque de cet aménagement ne peut être
datée.
Photo 4: Deuxième sondage, la "banquette" coté nord du chemin après retrait couche d'humus
3) Sondage n°3 : implanté à 12m du précédent en direction de l’ouest. Tranchée large
de 1,20m sur 3m de long (on reste en retrait par rapport aux deux talus bordiers). La roche
granitique apparaît, plus altérée et délitée que dans le sondage n°1 (photos 5, 6, 7, 8, 9). La
partie centrale est constituée par un empierrement de cailloux roulés de quartz sur une
épaisseur de 0,15m. Sur le côté gauche du chemin, un caniveau a été grossièrement aménagé
pour permettre l’écoulement des eaux de pluie dans cette partie en pente (largeur : 0,30m).
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Photo 5: Troisième sondage après retrait couche d'humus, vue nord-sud
Photo 6: Troisième sondage après retrait couche d'humus, vue sud-nord
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Photo 7: Troisième sondage après retrait de l'empierrement, vue nord-sud
Photo 8: Troisième sondage après retrait de l'empierrement, vue sud-nord
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Photo 9: Troisième sondage après retrait de l'empierrement, aménagement écoulement d'eau de surface,
coté sud de la voie
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4) Sondage n°4 : implanté à 25 m à l’ouest du précédent. A consisté simplement à
explorer un caniveau grossièrement aménagé sur le côté droit du chemin : largeur : 0,27m
entre le talus et la chaussée (photos 10 et 11)
. Le temps étant pluvieux au moment du sondage,
nous avons pu vérifier l’efficacité de ce caniveau. L’eau s’écoule suivant la pente et le
caniveau permet d’évacuer l’eau qui ruisselle sur la chaussée.
Photo 10: Quatrième sondage après retrait couche d'humus, la voie avec le caniveau coté nord
Photo 11: Quatrième sondage après retrait couche d'humus, le caniveau coté nord de la voie
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Conclusion sur les sondages : la roche granitique en place apparaît partout et la
circulation se faisait sur celle-ci. Il n’a pas été nécessaire de construire une chaussée continue.
Seules les dépressions entre les affleurements rocheux ont été comblées avec des cailloux
roulés de quartz. Cet aménagement sommaire n’a pu être daté, aucun mobilier n’ayant été
trouvé, mais la technique de construction ne présente pas de particularité qui permettrait de
remonter à une date très ancienne.
IV- CONCLUSION GENERALE
Bien que les sondages n’aient pas apporté la preuve archéologique que l’on espérait
(ce qui n’est pas rare en matière de recherche de chaussées antiques), l’hypothèse émise par
F.Sallou reste très plausible. Nous sommes en présence d’un tracé encore bien conservé dans
le cadastre napoléonien où il peut être suivi dans sa quasi-totalité. Ce tracé effectue un
changement de direction important vers l’ouest à la hauteur du lieu-dit Pavez-Dir, peut-être
pour deux raisons : 1) éviter un obstacle topographique majeur, à savoir la vallée de la rivière
Saint Eturien avec un dénivelé abrupt de 50 mètres au niveau de Vieux-Marché
2) se
raccorder à l’ouest du lieu-dit Kermocaer à un itinéraire de direction sud-nord provenant de la
commune de Plougras. Il pourrait s’agir d’un itinéraire préromain qui a été réutilisé. Au total,
ce tracé direct, puisqu’il se rend au Yaudet sans passer par Lannion, est parfaitement adapté à
la topographie et à l’hydrographie, empruntant le plus possible les interfluves (Fig.4)
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Fig. 4 : Gestion de la voie antique par rapport à l'hydrographie
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Ajoutons un dernier élément qui peut contribuer à renforcer la véracité de ce trajet : le
monument sculpté d’époque romaine appelé « cavalier à l’anguipède de Plouaret » a été
découvert à une date inconnue dans l’une des parcelles appelées Park Marc’h Min (le Champ
du Cheval de Pierre) à environ 200m au nord du passage de la voie (nota : la plupart de ces
monuments ont un rapport direct avec le passage d’un itinéraire antique
6
).
J.-Y.EVEILLARD
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J.-Y.EVEILLARD, Les cavaliers à l’anguipède, des monuments sculptés du Finistère à l’époque gallo-romaine,
Bul. de la Soc. arch. du Finistère, T. CXXXI, 2002, p. 71-90. Nota : depuis la parution de cet article un
témoignage oral est venu apporter la preuve de la découverte de l’anguipède de Plouaret au lieu-dit indiqué ci-
dessus.